Paris
Des végétaux toxiques sont plantés à Paris, sans réelle maîtrise du risque. A l’inverse, certaines plantes sont proscrites, sans que le risque réel d’intoxication soit évalué, limitant la diversité des plantations. La gestion des plantes toxiques interroge les gestionnaires et la réglementation est peu précise. Pour optimiser et rationaliser l’utilisation de ces plantes, tout en maintenant des palettes diversifiées, la Ville de Paris a construit une stratégie de gestion des plantes toxiques, basée sur une méthodologie d’évaluation du risque d’intoxication.
La solution consiste à évaluer précisément, pour chaque plante, le risque d’intoxication en tenant compte de différents critères, et à associer chaque niveau de risque d’intoxication à des préconisations de plantations et de gestion précises dans les espaces et équipements publics parisiens.
Réduire les intoxications des usagers par les végétaux par une meilleure évaluation du risque réel tout en maintenant une diversité végétale dans les aménagements. Apporter des préconisations de gestion adaptées aux niveaux de risque, aux sites et types de publics, et sensibiliser les gestionnaires et les usagers.
Cette stratégie de gestion a été menée par la Direction des Espaces Verts et de l’Environnement de Paris, avec les différents services (jardins, aménagement et paysage, biodiversité, etc.), la Direction des Affaires Scolaires, et la Direction de l’Action Sociale de l’Enfance et de la Santé. Le Centre Antipoison de Paris a été associé en tant que partenaire technique et a permis d’ajuster les propositions aux constats d’intoxication.
Les gestionnaires des espaces verts, les responsables d’établissements recevant du public (crèches, écoles, équipements sportifs…), les paysagistes et concepteurs d’espaces végétalisés ainsi que les aménageurs externes à la Ville intervenant sur l’espace public. Les usagers et particulièrement le public cible « jeunes enfants »
L’évaluation du risque d’intoxication a été réalisée en croisant les recherches bibliographiques et les intoxications constatées par le Centre Antipoison. Elle est basée sur 3 critères, notés pour chaque plante étudiée : l’accès à la toxicité et la quantité nécessaire pour déclencher des symptômes d’intoxication ; l’attractivité du végétal et le risque de confusion avec des plantes non toxiques ou comestibles ; les symptômes observés chez les victimes d’intoxication.
La somme des points permet d’estimer le risque et de classer les végétaux en 4 catégories de risque :
Chaque catégorie de risque est associée à des préconisations (interdiction de plantation, limitation ou accès restreint, pratiques de gestion limitant le risque), et en différenciant les sites sensibles, parce qu’ils accueillent un public jeune ou que les risques de confusions alimentaires sont renforcés (écoles, crèches, aires de jeux, végétalisation participative, jardins partagés ou sites d’agriculture urbaine).
Le protocole a été développé et est mis en application depuis 2019.
La démarche a été pilotée par un chargé d’études, en lien avec un ingénieur encadrant. Les groupes de travail ont mobilisé une quinzaine de personnes des 3 directions associées. Un médecin du Centre Antipoison de Paris a été associé tout au long du projet.
Cette démarche a permis de rationaliser les choix et la gestion de certaines plantes jugées toxiques, par une approche concrète d’évaluation du risque. Elle permet de limiter fortement le risque d’intoxication et de systématiser la prise en compte de ce risque dans les aménagements. Elle permet aussi de garantir le maintien d’une diversité végétale compatible avec les objectifs paysagers et de biodiversité, en évitant de proscrire des végétaux par simple principe de précaution, grâce à la différenciation des niveaux de risques, des sites et des publics. Enfin, la démarche permet de sensibiliser les agents et le public à la thématique.
Cette stratégie est réplicable sur toutes les gammes de végétaux et peut être employée par d’autres collectivités, aménageurs et concepteurs d’espaces. Elle peut s’accompagner d’actions de communication et de sensibilisation en lien avec la gestion des espaces verts, les aménagements, la biodiversité.
Cette méthodologie est déployée depuis 2019, et son application se systématise pour les nouveaux aménagements. La stratégie est intégrée au Guide d’Aménagement Durable de l’Espace Public, et des Espaces Verts, et au CCTP du marché d’entretien. Un volet lié à la gestion des plantes spontanées toxiques est en cours de développement, et des outils de communication sont envisagés, dans les sites du Jardin Botanique de Paris, ou à destination des responsables d’école et d’établissement de petite enfance.