Paris
Tout particulièrement à Paris, l’urbanisme consomme des espaces de pleine terre à caractère naturel. C’est notamment le cas de nombreuses friches ferroviaires, dont les propriétaires préfèrent se séparer car ils n’en ont plus l’usage. Ces milieux viabilisés, sont un potentiel pour l’aménagement des villes denses qui recherchent des terrains constructibles. En parallèle, ces espaces renaturés spontanément et non gérés en ville sont peu appréciés par les citadins. Pourtant, ces habitats sont vitaux pour certaines espèces animales sauvages, et d’une grande importance pour la biodiversité urbaine de la biorégion du Bassin parisien nord : Ils constituent des réservoirs urbains de biodiversité de grande qualité, d’autant plus qu’ils sont connectés à des noyaux de biodiversité extra-urbains par le réseau ferroviaire. Cette restauration écologique participe à la résilience des territoires.
Il s’agissait de créer un parc temporaire et de préfigurer les aménagements du Parc Chapelle Charbon pour faciliter la bonne appropriation de celui-ci à sa livraison par les riverains, en tenant compte de la biodiversité existante et notamment l’habitat friche et sa palette végétale d’herbacées indigènes. Ce parc est le futur poumon vert du Nord Est parisien, mais aussi le dernier grand parc à être créé sur le territoire. Pour ce faire un groupement pluridisciplinaire dont le mandataire est l’agence Taktyk, spécialisée dans le secteur des activités d’architecture, a obtenu l’attribution du marché. Ce groupement a été missionné pour réaliser les actions de co-conception et co-réalisation avec les acteurs identifiés à proximité du site (milieu associatif, riverains, enfants, artistes…). Un « avant-parc » de 3 000 m² a été construit sur la friche ferroviaire, avant l’engagement du chantier principal, afin de donner à voir le potentiel du site. L’avant-parc a été co-conçu et co-aménagé par les participants à divers ateliers (agrès, marquage au sol, plantations…). Pendant le déroulement du chantier, l’avant-parc a été déplacé et reconfiguré, et un belvédère en bois a construit par le collectif, permettant aux visiteurs de contempler l’évolution du paysage. Cette mission a été une opportunité pour sensibiliser les participants et les enfants des écoles à la biodiversité des friches urbaines et à leur rôle en milieu urbain dense, au paysage, et à la végétalisation en ville. Depuis les récents engagements prenant en compte la biodiversité en ville, il n’est plus question de remplacer une friche ferroviaire, même polluée, par des plantations horticoles. Il est attendu des opérations de requalification urbaine d’envergure de tenir compte de la Séquence « Éviter-Réduire-Compenser » telle que le prescrit la loi « Biodiversité » de 2016. Paris se doit désormais d’éviter, réduire, compenser les impacts des projets sur la biodiversité. Ce nouveau grand parc urbain du 18e arrondissement, situé au cœur d’un quartier Chapelle Charbon requalifié, a été le premier à Paris à s’approprier cette nouvelle façon de faire, en intégrant les questions de biodiversité dans son programme.
Le parc Chapelle Charbon a été créé pour être un réservoir urbain de biodiversité de haute qualité écologique , dans un secteur de Paris qui en manquait et à un point-charnière des trames vertes et bleues de Paris. Sa réalisation renforce la Ceinture verte de Paris. Il a été décidé de préserver la biodiversité initiale du site, étant entendu qu’il devait être dépollué ; pour restituer, après travaux, une friche ferroviaire et pour favoriser le retour d’espèces végétales et animales observées avant travaux.
Entre 2017 et 2021, Taktyk a réalisé un atlas sensible du site, puis a travaillé avec le collectif. Durant la phase d’études, des marches exploratoires ont été organisées sur la friche ferroviaire et ont permis de sensibiliser les publics, dont les enfants de plusieurs écoles du 18e arrondissement, à la biodiversité. Puis l’« avant-parc » de 3 000 m² a été construit sur la friche ferroviaire. En parallèle, la Division de la Biodiversité de la Direction des Espaces Verts et de l’Environnement a effectué les inventaires faune, flore, habitats et rédigé les recommandations en accord avec le Plan Biodiversité de Paris. Puis sur cette base d’une année d’observations et d’identification de la patrimonialité des espèces animales et végétales, les dispositions de préservation ont été finalisées avec le bureau d’études Trans’Faire et l’entreprise Lavergne (paysagiste). Des plantes et des graines des espèces végétales patrimoniales ont été récoltées, mises en banque de graines au Jardin Botanique de la Ville de Paris ; certaines ont été mises en production au Centre de Production Horticole municipal pour être replantées, les autres ont été ressemées directement en place dans la friche ferroviaire restituée. Enfin pendant le déroulement du chantier, l’avant-parc a été déplacé et reconfiguré, et le collectif a construit le belvédère en bois, permettant aux visiteurs de voir le déroulement du chantier. Le belvédère a été démonté et les matériaux ont été réutilisés pour être réemployés dans le parc définitif. D’autres éléments du parc rappellent la démarche du collectif, ainsi on peut citer une action de street-art qui va être déployée en associant des riverains pour décorer les murs de l’aire de jeux des enfants (mur d’escalade).
2016-2017 : inventaires de biodiversité et recommandations en faveur de la biodiversité
2017-2021 : réalisation d’un atlas sensible du site et travail collégial avec le collectif
2017-2018 : récoltes de plants et graines des espèces végétales patrimoniales trouvées sur site avant travaux
fin 2017 : publication de la synthèse de l’Étude d’Impact Environnemental par le bureau d’études Trans’Faire
2018 : avis favorable sous réserve de compléments de réponse, de l’autorité environnementale (Mission Régionale d’Autorité Environnementale de la Direction Régionale et Interdépartementale de l’Environnement et de l’Énergie d’Île-de-France)
avril 2019-avril 2020 : travaux d’aménagement de la 1re phase (env. 3 ha) par la Division Étude et Travaux n°2 du Service Paysage et Aménagement : terrassements, semis & plantations…
2019-2021 : réintroduction avec le Jardin Botanique de Paris sur un espace prévu par les concepteurs du jardin en collaboration avec le Service du Paysage et de l’Aménagement
2020 : ouverture de la tranche 1 du Parc au public
à compter de 2021 : inventaires de biodiversité pour évaluation des aménagements favorables à la biodiversité et du retour d’espèces cibles.
L’aménagement de la ZAC Chapelle Charbon a été confié à Batignolles Aménagement qui a organisé et coordonné les échanges entre les acteurs publics et privés du foncier, de l’urbanisme, du paysagisme et de la biodiversité Le projet du parc Chapelle Charbon a été co-piloté par la Direction de l’Urbanisme à l’origine du projet de requalification de la friche ferroviaire Chapelle Charbon et ses abords et le Service Paysage et Aménagement de la Direction des Espaces verts et de l’Environnement, maître d’ouvrage et conducteur d’opération, pour le parc. Depuis 2015, plusieurs dizaines d’ETP en interne (Directions de la Ville, élus, Secrétariat général) pour les réunions publiques, les nombreux COPIL, les diagnostics de terrain, préconisations et recommandations, récoltes, semis, plantations…
Le sujet de la biodiversité est apparu comme une demande majeure lors de la consultation publique. L’animation « DESSINEZ VOTRE PARC » a fait remonter l’attente des citoyens et usagers pour un parcours de biodiversité sur la friche ferroviaire restituée. Une gestion douce a été retenue pour maintenir l’habitat « Friche » par le Service Exploitation des Jardins et les experts de la Division de la Biodiversité, ce qui va permettre, à compter de 2021 de réaliser des inventaires pour évaluer les aménagements favorables à la biodiversité et le retour d’espèces cibles.